Arrivé au LIP6 en décembre 2025, Robin Vacus est chercheur CNRS au sein de notre équipe DELYS, chargé d'appliquer ses connaissances en calcul distribué à des problèmes inspirés par le comportement des animaux.
Q. D'où viens-tu et où vas-tu ?
Je m'appelle Robin Vacus. J'ai effectué ma thèse avec Amos Korman et Pierre Fraigniaud à l'IRIF à Paris, avant de faire deux post-docs d'un an chacun : le premier à Milan avec Luca Trevisan, et le second à Berlin avec Joel Rybicki. En décembre 2025, j'ai été affecté au LIP6, dans l'équipe DELYS, après avoir été recruté par le CNRS au sein de la commission interdisciplinaire 51. Cette commission est chargée de créer des connexions entre la biologie d'un côté, et les mathématiques, l'informatique et la physique de l'autre. Ainsi, bien que je sois informaticien de formation, j’essaie aujourd’hui de travailler sur des problèmes inspirés par le comportement des animaux !
Pour être plus précis, mon domaine de recherche est le «calcul distribué», un domaine qui étudie comment un groupe décentralisé d'agents indépendants les uns des autres peut s'organiser efficacement pour résoudre certaines tâches. Souvent, ces «agents» sont pensés comme des objets artificiels, par exemples des ordinateurs en réseau, des processeurs, etc... mais la nature aussi contient de très nombreux exemples de systèmes distribués ! Les colonies d'insectes sociaux, les nuées d’oiseaux, ou encore les bancs de poissons sont autant d’exemples qui font face à des problèmes similaires et sont capables de comportements collectifs fascinants. Dans mes recherches, j’essaie donc de mieux les comprendre, en appliquant les outils mathématiques du calcul distribué.
Q. Sur quoi travailles-tu actuellement ?
En ce moment, j'étudie entre autres des «protocoles de population». Il s'agit d'un modèle faible de calcul distribué dans le sens où il fait intervenir des agents avec peu de mémoire, peu de puissance de calcul, et peu de structure (c'est-à-dire qu'on ne sait pas toujours très bien qui interagit avec qui). Dans ces conditions, j'essaie de résoudre le problème dit de « majorité ». Dans ce problème, chaque agent individuel démarre avec une préférence binaire (par exemple «blanc ou noir») et le groupe doit atteindre un consensus. En outre, ce consensus doit porter sur la préférence adoptée initialement par la majorité : ainsi, si 60% des agents démarrent avec la préférence «blanc», tous les agents doivent à terme adopter cette préférence. Mon but est de concevoir des algorithmes pour résoudre ce problème. En vérité, ce projet n’est pas interdisciplinaire et ne repose pas sur des observations de la nature. Cependant, comprendre ce qu'un algorithme peut (ou non) accomplir avec ce genre d'hypothèses restrictives est fondamental dans le cadre de mes recherches.
Q. Comment s'organise ta semaine ?
Tout d’abord, j'attache beaucoup d'importance au fait de venir au laboratoire tous les jours, à des horaires réguliers. Ensuite, chaque jour, je consacre une partie fixe de mon temps à «faire mes devoirs» : la lecture de revues pour des conférences, la rédaction d'articles, les tâches administratives, etc. Quant au travail de recherche «exploratoire», je me laisse là davantage de liberté et je suis mon inspiration du moment. À côté du travail, en ce moment, je consacre une bonne partie de mon temps à chercher un logement.
Q. Qu'est-ce que tu espères accomplir pendant ton séjour au LIP6 ?
Les collaborations avec des chercheurs d'autres domaines (comme la biologie) sont difficiles à construire pendant la thèse et les post-docs car elles prennent du temps et sont plus risquées que les projets classiques. Mais maintenant que je suis recruté au LIP6, j'espère arriver à mener à bien un projet véritablement interdisciplinaire, dans lequel les résultats théoriques seraient combinés avec des données expérimentales.
Q. Quelle est une chose que les gens ne comprennent pas sur ton sujet ?
Il y a parfois une légère confusion entre ce que j'essaie de faire et d'autres paradigmes existant à la frontière entre biologie et informatique. Par exemple, je n'essaie pas de m'inspirer du comportement des animaux pour trouver de nouveaux algorithmes efficaces (ce que l'on appelle parfois «bio-mimétisme»). Je ne cherche pas non plus à reproduire ces comportements dans des simulations numériques (je ne fais pas vraiment de modélisation). Mon but est plutôt de comprendre, en m'appuyant sur mes connaissances théoriques en calcul distribué, les raisons algorithmiques profondes pour lesquelles on observe ces comportements - si tant est que ces raisons existent !
Q. Qu'est-ce qui te passionne à propos de ton sujet ?
Le fait que des règles de comportement simples, appliquées par des entités assez basiques et en l'absence de tout «chef d'orchestre», puissent aboutir de manière presque magique à des comportements collectifs extrêmement sophistiqués ! En fait, cette observation, dont on trouve de nombreuses manifestations dans la nature, fascine depuis longtemps les chercheurs dans plusieurs disciplines : biologie, mathématiques, physique… mais l'aborder du point de vue algorithmique m'intéresse tout particulièrement !
Q. Quelque chose à ajouter ?
Je pratique un sport collectif peu connu, l'ultimate, qui se joue avec un disque (frisbee). Il s'agit d'un sport mixte et sans contact qui consiste à faire des passes pour emporter le disque jusque dans la zone d'en-but adverse, sans qu'il ne tombe ou soit intercepté par l'équipe adverse. De plus, il se pratique en autoarbitrage (même en compétition !) et le fair-play y joue un rôle important. Essayez-le à l'occasion !
Contact : Robin Vacus