Cette thèse porte sur la modélisation de la polarisation des opinions dans un contexte où l'on s'inquiète de plus en plus du fait que le débat politique contemporain a atteint des niveaux de division qui favorisent l'hostilité et entravent la prise de décision collective. La dynamique des opinions – modélisation mathématique formelle et simulation des opinions de la population – offre un moyen d'explorer comment les sociétés peuvent tendre vers le consensus, la polarisation ou des états intermédiaires, et d'identifier les points de basculement sans nécessiter l'observation de populations réelles au fil du temps.
Cependant, cette approche souffre d'une validation empirique limitée et d'une prise en compte insuffisante de l'identité sociale et des attitudes intergroupes, malgré leur importance centrale en sciences sociales. Cette thèse comble ces deux lacunes grâce à deux extensions de modélisation : premièrement, l'intégration des perceptions des groupes d'appartenance et des groupes extérieurs dans un modèle de dynamique des opinions existant, de sorte que la convergence ou la divergence des opinions dépende des perceptions des individus basées sur leur groupe ; et deuxièmement, l'élaboration d'un cadre de validation des modèles en utilisant une approximation du champ moyen du modèle basé sur les agents pour simuler les distributions d'opinions et identifier des ensembles de paramètres plausibles qui reproduisent les modèles observés dans les données empiriques.
Les résultats montrent que le traitement des groupes extérieurs est crucial pour comprendre la polarisation au niveau de la population, tandis que l'influence des groupes intérieurs peut soit modérer les changements extrêmes, soit fragmenter les groupes en interne. L'extension du champ moyen permet d'identifier les plages de paramètres qui rapprochent les modèles théoriques du comportement réel. Ensemble, ces contributions renforcent la pertinence de la dynamique des opinions en reliant plus étroitement ce domaine à la théorie des sciences sociales et aux preuves empiriques, offrant ainsi un aperçu de la manière dont la polarisation se développe dans les sphères publique et privée.